Capitalisme troue le cul : le billet du 1er mai
Le 1er mai ce devrait être la fête de l’oisiveté… J’aime bien ce mot, l’oisiveté ; ça me renvoie aux gazouillis dans la champêtre banlieue, aux bucoliques mais néanmoins pulpeuses baigneuses de Cézanne (même si la Sainte-Victoire est désormais un spot à modèles de Martin Parr), et, incidemment, à mon petit twitter. Trêve de plaisanterie, c’est bel et bien la fête des travailleurs, et ce truc improbable on le doit au… prolétariat américain. Respect.
Ici, en France, on a perdu l’une des plus pertinentes chorégraphes contemporaines, Odile Duboc. Autre mauvaise nouvelle, les théâtres qu’on asphixie graduellement (cf Fécamp, par exemple), mine de rien, sans y toucher, en rognant insidieusement leurs subventions, en ne pas renouvelant les contrats de leurs directeurs… Rien que du très classique dans une république libérale qui n’aime guère la culture et encore moins ses artistes. Bien sûr, on nous sert La Crise comme bouc émissaire… Elle a bon dos, la crise, d’autant que, qui l’a provoquée ? Et, en tout cas bien servie ? Nos mêmes Libéraux et autres thuréféraires du Marché. Ah, le Marché… Ce que tous ces brillants esprits omettent de signaler, c’est qu’il s’agit bien de la crise du capitalisme, et de lui seul. Le Capitalisme que l’on continue de soutenir comme seul et unique vecteur des idées et de civilisation.
Bref, c’est bien le capitalisme qui nous troue le cul, et pas seulement les dérives de quelques banquiers et autres traders. Le capitalisme est intrinsèquement malade. Une monstruosité épistémologique qui nourrit le terreau déjà fertile des haines, des exclusions et des guerres.
Alors, face à cela, les artistes, la culture, tous ces trucs finalement assez gratuits (quoique) et parfaitement inutiles dans la logique implacable de l’économie de marché, hein ! …
Bon. C’est le 1er mai, on va s’offrir quelques brins de muguet et se faire un joli barbecue dans le jardin avec nos compagnons de misère. Sourions, c’est le bonheur.
E.Z. ce 1er mai
Le billet du jour (28 avril 2010)
T’es un pote à ma bande ? Alors je te file une direction de théâtre. Après Montpellier, c’est au tour de Toulon de profiter du carnet d’adresse de Carlita. Ainsi, le nouveau théâtre (Théâtre Liberté !) de Toulon, pas encore achevé, sans programmation, sans rien d’autre que les potes de la présidente à leur tête (les frères Berling), est-il déjà sur la voie de labellisation “scène nationale”. Sans même avoir ouvert ses portes, puisqu’encore en construction (ouverture prévue en 2011). Son confrère de Chateauvallon, qui rappelons-le, oeuvre depuis trente ans dans la commune voisine (Ollioules) avec une programmation exigeante (certes il ne “fait” pas Bigart ou Mireille Mathieu), lui, n’a toujours pas obtenu satisfaction de la même demande posée… il y a très longtemps. Voilà un beau deux poids-deux mesures bien dans l’esprit du sarkosisme culturel : passe-droits et copinage, esprit de famille et de clan. Un bel exemple pour la diversité culturelle.
Dans le sud, ça se passe comme ça. De toutes manières, en PACA, les grandes villes sont aux mains de maires UMP : Marseille, Nice, Toulon, Aix, Avignon… C’est cool, non ? hop ! la terre des grands festivals et d’une concentration remarquable d’artistes et de structures culturelles (la deuxième après Paris et Ile de France) subit les diktats de bougmestres affidés au gourou qui, lorsqu’ils entendent le mot culture sortent leurs policiers. Dans le meilleur des cas, ils subventionnent à tour de bras les productions bien de chez eux, au profil parfaitement sarkocompatible : fêtes folkloriques et carnaval (Nice), opérette de la Canebière, bouillabaisse et fêtes aux santons (Marseille), programmation “humour” d’un théâtre privé (Avignon) etc. etc.
Avis aux copains de la bande : il reste encore plein de postes à prendre : Benoît termine son contrat à la Criée, le job va donc être vacant, d’autres en ont ras-le-bol et ne peuvent plus vraiment fonctionner (la DRAC se charge de leur diminuer ses aides), et de toute façon, rien de plus facile de ne pas renouveler un contrat pour placer un copain méritant…
E.Z. ce 28 avril

(non, ce n’est pas marseille, mais bien Lisbonne, vue depuis l’Alfama : bien plus beau, et infiniment plus culturel)
Le billet du jour / 25 avril 2010 (c’est la saint Marc)
-Marseille 2013 capitale de la culture ? Pour y vivre depuis de nombreuses années, nous savons le pitch complètement surréaliste. Marseille se meurt depuis bien longtemps, de ce point de vue là en tout cas : la deuxième ville de France compte une petite poignée de librairies, certes honorables, la plupart ayant fermé leur porte devant l’inculture notoire des marseillais ; quand une ville préfère semble t-il s’enflammer devant quelques abrutis poussant un ballon rond, cela laisse peu de marge pour s’adonner au plaisir de se cultiver. Quant à “l’élite” marseillaise, il suffit d’écouter les dirigeants de cette ville, d’une vulgarité et d’une ignorance crasse sans égales. Là aussi, le Sarkosysme est passé par là, et on ne peut vraiment pas dire que ça tire les gens vers le haut. M. Gaudin, le bourgmestre raffiné de la deuxième ville de France, préfèrera toujours les petits santons de Provence ou la fête des navettes, un must dans le calendrier catho de Marseille, au programme exigeant du Merlan ou des Bernardines… Culture ? Vous riez, nous aussi. Si Marseille n’avait pas joué la retape auprès des villes voisines, Arles, Martigues, Avignon, Aix… et jusqu’à Toulon (!), dont elle a donc intégré leurs manifestations et festivals dans l’agenda marseillais, (pardon on dit labelliser) on se demande bien comment elle aurait rempli un programme d’une indigence rare, piloté de surcroit par des “pros” de l’événementiel. Là encore, on confond culture et tape-à-l’oeil, travail du sens et animation mercantile…
L’état des lieux est assez effarant : aujourd’hui, la Criée, le Théâtre National de Marseille est à l’arrêt, ou presque ; les subventions aux structures de terrains diminuent drastiquement ; le superbe bâtiment de l’architecte Rudy Ricciotti est suspendu (trop contemporain, trop visible) du fait de mauvais procès intenté par un CIQ minable qui protège l’intérêt de sa poignée d’adhérents de l’UMP ; la scène musicale ne dispose toujours pas de salles de concert dignes de sa population ; l’art contemporain en est au point mort : plus de programme au MAC ou quasi, plus de grandes expos dans les musées, telles qu’on a pu en connaître par le passé (Hopper, Basquiat, La planète affolée etc.), les galeries ferment faute de clients et de subventions… La liste serait interminable. Pendant ce temps, la mairie de Gaudin promeut des fêtes surdimentionnées, s’endette pour essayer de récupérer l’América Cup ou tel autre “événement” qu’elle n’arrive pas à attirer, et continue de considérer l’Olympique de Marseille comme un excellent investissement culturel. Sans compter sur l’aficion ringarde du maire pour toutes les fêtes chrétiennes du calendier, et le subventionnement d’associations de restaurateurs comme la très culturelle “charte de la bouillabaisse” !
Bref, pour 2013, autant s’attrendre à une gabégie incroyable de l’argent public au profit de quelques uns qui auront su placer leur “événement” bien supporté par les agences en communication et une poignée de “partenaires médias” avisés, marseillais pur jus et experts de l’information : La Provence, l’OM TV, etc. etc.
Marseille capitale culturelle en 2013 : un coup de pub malhonnête et un vaste enfumage.


