Publié par : eleonorzastavia | 6 août 2010

Festival d’Avignon : la mauvaise polémique cache un serpent venimeux

Et voilà ! Une de plus ! Comme chaque année depuis que le Festival existe, une nouvelle polémique enfle sur Avignon. Ce 64e Festival n’échappe pas à la règle, donc, et suscite toutes les controverses. Rien de très neuf sous les remparts : Anciens contre modernes, tenants d’un théâtre de répertoire contre partisans d’un théâtre défricheur et novateur, ouvert, trans-disciplinaire, traversé de tout ce qui fait notre post-modernité… Le fait est que les deux spectacles de la Cour, n’ayant pas été vraiment à la hauteur des espérances, cette programmation 2010 a amplifié les critiques usuelles, et les défenseurs nostalgiques d’une vision “classique”, toujours prompts à se dresser contre la contemporanéité, rempilent de plus belle, quelques “arguments” de plus , pensent-ils, dans leur besace…

Il se trouve que l’un des spectacles qui a le plus souffert de la critique, voire de l’anathème, est bien le représentant d’un théâtre à “l’ancienne”, un texte classique dans une mise-en-scène convenue, avec des comédiens, bons, certes, mais qui n’ont pas réussi à transfigurer l’oeuvre de Shakespeare…

La réalité est que les deux directeurs de ce Festival, depuis le début de leur mandat, subissent l’ire des uns et des autres, pour peut-être de plus mauvaises raisons que leur programmation : motifs politiques, comme le suggèrent René Solis et Gérard Lefort hier dans Libération ? Simple jalousie de prétendants écartés ? Péché de trop grande jeunesse, comme il leur en a été fait le reproche très idiot au début de leur missionnement ?…

Pour notre part, nous voyons dans cette nouvelle polémique, artificiellement gonflée, la volonté de certains d’exclure le couple de la direction de ce Festival, pour de bien plus obscures motivations que la santé de celui-ci, excellente au demeurant. Que leur reproche t-on exactement ? Un manquement supposé à leur mission, alors qu’ils l’ont remplie plutôt brillamment ? Une mauvaise gestion ? tout le monde sait que ce n’est pas le cas… La qualité de leur programmation ? elle est remarquable, car risquée et “couillue”… Le rayonnement de ce Festival dans le monde entier ? Celui-ci est indiscutable, et le couple Archambault-Baudriller a largement contribué à l’amplifier.

Que recèle de pas très clair cette mauvaise polémique ? Qui, quel groupe de pression se cache derrière cette controverse, et l’alimente sournoisement ? Quel lobby a intérêt à déstabiliser le couple de directeurs ? Quel jeu mène réellement une certaine presse, dont les papiers enflammés descendent systématiquement les contenus audacieux de ce festival ? Que pense réellement le Ministre, peu versé, il le dit lui même, dans le Théâtre, et peu au fait, visiblement de ses enjeux ? Quelle est sa position ? Autant de questions auxquelles il va bien falloir répondre un jour…

Pour notre part, nous pensons que le Festival d’Avignon est beau, particulièrement depuis le mandat de ses actuels directeurs. Chaque année nous apporte son lot de découvertes extraordinaires, de moments de grâce, une jubilation rare… Bien sûr, quelques ratés, quelques approximations peuvent décevoir. En ne tentant rien, certes, l’on risque peu de se planter. L’immobilisme, la nostalgie, la tiédeur n’ont jamais fait une programmation. Une vision, qui interroge le sens du monde, et le sens de l’art… C’est ce que nous demandons à ce Festival, que perdure cette manière forte de nous bousculer, de nous titiller, de nous questionner. Et c’est pourquoi nous soutenons pleinement l’idée d’un troisième mandat de ses programmateurs, pour que vive ce Festival, encore plus beau, et toujours à l’avant-poste de notre contemporanéité.

E.Z. ce 25 juillet


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